13850656 views


Accord du 13 août : Opposition et pouvoir se bouffent le nez

Accord du 13 août : Opposition et pouvoir se bouffent le nez

Le communiqué du 26 janvier 2010 de la Coalition des partis politiques pour la défense de la Constitution (CPDC) énumère plusieurs violations de l’accord du 13 août. Parmi les préoccupations de l’opposition, les militants du MPS à la CENI installés comme présidents et les structures des bureaux ne respectant pas la règle de la parité. La CPDC dénonce également l’absence de la neutralité, la dépolitisation et la démilitarisation de l’administration ainsi que la liberté de la presse. Selon le communiqué l’opposition pointe du doigt l’utilisation abusive des médias publics qui sont au service exclusif du parti au pouvoir. Après la publication du communiqué de CPDC la Voix a tendu le micro aux adversaires. Propos recueillis par Eric Topona et Kaltoumi Tao Moussa, journalistes de la Voix.

Saleh Kebzabo, président de l’UNDR et porte-parole adjoint de la CPDC

La Voix : Vous aviez signé le 26 janvier dernier un communiqué de presse, dans lequel vous aviez dénoncé un certain nombre de choses dans la mise en œuvre de l’Accord du 13 Août 2007. Est-ce que c’est le début de la rupture ?

Saleh Kebzabo : Non, absolument pas. Lorsque dans un mouvement, il y a de faux pas, il faut les dénoncer et les rectifier. Je pense que dans la démarche générale que nous avons, à partir de l’Accord du 13 Août 2007, jusqu’à la fin du processus électoral, il y aura beaucoup d’accros. La démocratie exige qu’on ne se taise pas. Si, on se tait, nos partenaires pensent que nous avalisons. On ne peut dont pas indéfiniment avaler des couleuvres. Nous avons décidé, que chaque fois qu’il y a de problème, on va le porter à l’attention du public et je crois que c’est la meilleure façon d’agir. Il ne faut pas que nos partenaires s’en offusquent comme ça et c’est le cas ce jour-ci. C’est tout à fait dans la norme de la démocratie. Pour ce qui nous concerne, nous avons donc fait le bilan de démembrement de la Ceni, nous avons remarqué qu’il y a beaucoup de distorsions pour ne pas dire plus. La Ceni en espèce, a brillé par son incompétence. Au lieu d’envoyer des missions dans le même temps et dans des directions différentes pour qu’elles rentrent au même moment afin d’avoir la même chose sur le terrain, la Ceni n’était pas prête. Les départs sont échelonnés sur une semaine, voire 10 jours, idem pour le retour. Sur le terrain, les résultats ont été différents : des régions ont été faites, d’autres à moitié, d’autres pas du tout et plus d’un mois après, le tableau reste avec des trous. Ce qui est plus grave dans l’affaire est que les délégués de la Ceni ont, dans la plupart des cas accepté que les réunions se tiennent soit sous la coupe, soit sous la présidence des préfets et des gouverneurs assistés de façon opportune par de puissantes délégations du MPS qui sont descendues en même temps et qui ont pris part à toutes les installations de la Ceni pour des raisons que vous pouvez comprendre maintenant, pour pouvoir contrôler la composition de la Ceni, mettre qui, ils veulent à la présidence ainsi de suite. Nous avons aujourd’hui le bilan qui fait que la plupart des présidents de Ceni régionaux et départementaux sont les militants actifs de MPS et cela n’est pas acceptable. C’est contre la loi et contre la loi. Nous avons aussi remarqué que dans l’alternance des postes, lorsqu’un courant prend la présidence, c’est l’autre courant qui va prendre la vice-présidence. Cela aussi n’a pas été respecté. Bref, nous disons qu’il y a beaucoup de distorsions qu’il faut corriger.

Pourtant, en décembre dernier, vous avez plié l’échine en acceptant le recensement informatisé au lieu de recensement biométrique ?

Non, le problème ne s’est pas posé en termes de plier ou pas l’échine. Le problème s’est posé en termes de réalisme tout court. On avait le choix entre la carte biométrique et la carte informatisée. Vous connaissez les données en termes de coût, délai, les élections vont se dérouler dans trois ou quatre ans et personne n’en veut. Tout le monde est fatigué de cette situation que l’Assemblée nationale ne vit que de prolongation de son mandat. Tout le monde est aussi fatigué que depuis bientôt quatre ou cinq ans, qu’on ne soit pas allé aux élections. On est pressé d’aller aux élections pour qu’on redessine le paysage politique tchadien, pressé aussi d’aller aux élections locales pour que le MPS qui n’a même pas pion sur nos cités en soit dessaisi afin que les cités soient gérées par des gens qui ont été élus à cet effet. Pour toutes ces raisons, nous avons tout simplement dit, nous acceptons pour le processus électoral qui vient que le recensement soit informatisé. Nous n’avons pas abandonné la biométrie. Dans notre accord avec le président Déby, nous avons convenu qu’il fallait dès maintenant qu’on mette en place un système qui commence à prendre en charge la biométrie pour que lors des élections prochaines, arrive à point nommé la biométrie. Dire simplement qu’on a plié l’échine est une mauvaise image qui, de mon point de vue, est une insulte pour l’opposition.

Nagoum Yamassoum, secrétaire général du MPS

La Voix : Comment réagissez-vous au communiqué de presse de la CPDC ?

Nagoum Yamassoum : Inutile de vous dire que je n’ai guère apprécié la tonalité du communiqué qui nous met gravement en cause. En tant que mouvement, nous imputons des pressions, des intimidations, voire la corruption. Je crois que la corruption est un délit. Si un groupe de partis croit devoir accuser un autre parti de corruption, je suppose qu’il a des preuves, soit lui-même ait été l’objet, soit le groupe a participé à cette corruption. Je ne sais pas, qui a été corrompu et par qui ? Il y a les structures de l’Etat qui sont là, qui vont nous aider à faire la lumière sur cette question. Je me demande souvent, quelle est la vraie intention des auteurs du communiqué. J’en ai saisi le comité de suivi, qui a estimé que ça participait à la liberté d’expression qui doit prévaloir dans notre pays. J’en ai pris acte mais si la liberté d’expression doit aller jusqu’au dénigrement, je pense que nous avons été tous à l’école et c’est un exercice auquel je ne rechigne pas.

Vu le contenu du communiqué de la CPDC, est-ce que le consensus est rompu ?
Le comité de suivi a estimé que ça ne devait pas contribuer à rompre le consensus.

Est-ce que le MPS est prêt à aller aux élections ?
Le MPS s’y prépare et c’est justement parce que nous nous préparons pour aller aux élections que nous avons dépêché des missions sur le terrain pour participer à la mise en place des démembrements de la Ceni. Ce qui nous vaut aujourd’hui cette violente diatribe de la CPDC à laquelle nous nous préparons.

Propos recueillis par Eric Topona et Kaltoumi Tao Moussa

Propos recueillis par Eric Topona et Kaltoumi Tao Moussa

http://www.lavoixdutchad.com/index.php?sv=51&aid=1063