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Tchad: Quand la Presse est Libre....

L’arrestation du coordinateur du CPDC, Dr. Ibni Omar Mahamat Saleh constitue un tournant car si on a pu viser Dr.Ibni Omar avec tous ses amis de l’opposition, c’est qu’on a franchi toutes les lumières rouges et, dès lors, il n’y aura plus de limite entre le possible et l’impossible. Et de fait, depuis cette arrestation qui fait toujours la une des médias, la pression contre la presse indépendante tchadienne n’a fait qu’empirer.

Le 15 février 2008, restera marqué par le sceau de l’ignominie, lorsque le gouvernement Tchadien a décidé de mettre une chape de plomb sur la presse privée censée aider la population tchadienne d’être informée sur l’état des opposants disparus.

Quelques jours après l’entrée des politico-armés dans la capitale tchadienne, l’opposition tchadienne et la presse indépendante feront les frais des hordes des hommes du Général Idriss Deby . Beaucoup de journalistes, certains parmi les plus prometteurs de la nouvelle génération, prendront le dur chemin de l’exil.

En déclarant que "le peuple tchadien avait identifié ses ennemis , parmi lesquels la presse", le Premier Ministre Dr. Nouradine Kasiré Delwa venait d’ ouvrir la voie à une guerre ouverte contre la presse indépendante. Une guerre allant en crescendo, où les enquêtes se poursuivent et les victimes s’accumulent dans un climat de totale impunité.

On decouvre à la surprise de tout le monde que l’homme de « Ni Or , Ni argent mais la Democratie » venait de montrer avec une loi impopulaire sur la presse votée par ses députés qu’au Tchad, l'impunité reste la règle. Elle permet aux sympathisants du gouvernement de sévir contre la presse et l'opposition. De plus en plus contesté, le gouvernement du président Idriss Deby tente ainsi de se maintenir par la peur.

De nouveaux journalistes ont été contraints à l'exil. Les enquêtes sur le lieu de detention du Dr. Ibni Omar ne progressent pas. Dans ces deux affaires, non seulement le gouvernement n’est pas inquiété par la justice mais c’est lui qui impose sa loi aux familles des victimes. D'une façon générale, l'ensemble de la presse continue d'être l'objet de menaces de la part des sympathisants du pouvoir, et notamment des agents de la Police Politique , véritables milices armées para légales chargées de faire régner la terreur dans les rangs des détracteurs du gouvernement. Pour beaucoup, les déclarations du président Idriss Deby, fin Février , faisant l'amalgame entre les critiques de la presse et l’attaque des politico-armés , revenaient purement et simplement à indiquer à ces organisations quelle était leur cible. Face à la censure, on peut craindre que demain, le journaliste critique n'ait d'autre choix au Tchad que l'autocensure, l'exil ou la mort .

Le Tchad ne vit –il pas là un péril en la demeure ?

Les journalistes tchadiens ont donc répondu de façon magistrale à la répression et la division exercée et prônée par le pouvoir, en faisant preuve d’unité et de solidarité en publiant un numéro unique contre l’état d’urgence en fin Mars démontrant ainsi que l’union fait la force.

Tous les secteurs de la société tchadienne ont applaudi la solidarité démontrée par les médias indépendants qui pourrait servir d’exemple dans les moments tragiques que nous traversons. Certains confrères nous ont même déclaré qu’ils auraient pu mourir heureux après l’émission historique du numéro contre la censure.

En effet, le pays se retrouve dans l’impasse totale et la répression gouvernementale tous azimuts est en train de faire face à un nouvel élément de taille : les citoyens n’ont plus peur ni d’Idriss Deby ni de son pouvoir en pleine décomposition malgré la bénédiction de la France.
Le Tchad devient chaque jour davantage, une entité chaotique ingouvernable et le spectre d’un bain de sang n’est pas à écarter. Face à ce chaos grandissant, tous les secteurs doivent resserrer les rangs comme l’a montré la presse indépendante cette semaine.

La proposition d’alternative au gouvernement actuel devrait être étoffée pour créer les fondations concrètes de l’après Idriss Deby. Les tchadiens souhaitent aujourd’hui institutionnaliser leur liberté. La critique a toujours eu mauvaise presse .

La flamme critique de la presse indépendante n’a été que ravivée par la censure du 15 Février 2008 et elle continuera, plus que jamais à accompagner le peuple tchadien dans ses revendications pour un avenir meilleur et la construction d’une réelle démocratie. Car, comme disait Albert Camus, « quand la presse est libre, cela peut être bon ou mauvais ; mais assurément, sans la liberté, la presse ne peut être que mauvaise. Pour la presse- comme pour la nature humaine- la liberté n’offre qu’une chance d’être meilleur, la servitude n’est que la certitude de devenir pire. »

Felix Ngoussou
fngoussou@yahoo.fr